Bienvenue chez les kinés

On est jeunes, on a 25 ans, on est kiné. On a 70, 80, 90 patients par semaine, dans une salle, avec pour seul matos une table électrique (« ah bah oui, hein, vous aussi il faut que vous préserviez votre dos, sinon qui va s’occuper du mien, hihi!! »), deux trois coussins, un ballon de Klein… Bref, pas grand chose. A chaque demi heure commence un nouveau tête à tête. A chaque demi heure se produit un nouveau rendez vous, une nouvelle rencontre, un nouveau « alors, comment ça va? ».

A chaque demi heure, on s’oublie un peu plus, pour laisser la place au patient, à sa douleur, à sa plainte, pour écouter, observer comprendre son corps et l’écouter lui. On se transpose dans nos mains, on se concentre sur nos sensations, sur les siennes. On cherche une suite logique : comprendre d’où vient la douleur, quelle est sa mécanique, quelle est sa logique, comment l’enrayer et la supprimer.

A chaque demi heure, on se creuse la tête, on reprend tout à zéro, on est en perpétuel recommencement. A chaque demi heure, on est en plein dans l’humain, dans le dialogue, dans le regard, dans l’interrogation, la compréhension, l’écoute, l’empathie, le toucher.

A chaque demi heure, nos mains se posent sur le patient. Nos mains l’apprennent,  le comprennent, croient le connaitre, sont surprises, changent d’avis, puis tombent juste. Nos mains, un deuxième cerveau. On prend notre temps pour ne pas faire perdre le leur au patient, pour être efficace le plus rapidement possible.

On s’investit dans notre travail, on prend les choses à cœur et le corps du patient dans les mains. Bon, on n’est pas des magiciens. Alors oui, parfois, ça foire, parfois, on trouve pas, parfois, on comprend pas. Parfois, on ne résout absolument pas le problème, ou alors juste un peu. Malgré toute la bonne volonté du monde, et toutes les formations possibles, avec certaines personnes on échoue. Mais à chaque fois, on essaie, et c’est ça qui nous fait vibrer.